Corruption : un nouveau plan national qui concerne la Corse et l’Éducation Nationale

Corruption en France : un nouveau plan national 2025-2029 qui concerne la Corse et l’Éducation Nationale ! (publié le 14 novembre 2025)

■■ Une réalité qui nous concerne tous

Avez-vous parfois le sentiment que la corruption n’est qu’une affaire de gros contrats et de haute politique, loin de nos salles de classe et de nos bureaux ? Un chiffre récent devrait nous faire réfléchir : 70% des Français jugent la corruption répandue.

Ce chiffre, qui place la France au niveau de la moyenne européenne (68%), est surtout en hausse par rapport à 2023. Cette perception n’est pas qu’un sentiment diffus ; elle ébranle la confiance des citoyens envers toutes les institutions, y compris la nôtre.

Le chiffre qui dérange : Une hausse de 50% des infractions en 8 ans

Évolution du nombre de procédures ouvertes 2016-2024

Face à cette réalité, le gouvernement vient de lancer un nouveau « Plan national pluriannuel de lutte contre la corruption 2025-2029« . Loin d’être un simple texte administratif à archiver, ce document doit être analysé avec la plus grande attention. Il révèle des faits et annonce des mesures qui nous impacteront directement, en tant qu’agents du service public. Et pour nous, en Corse, certains passages méritent une vigilance toute particulière.

Ce plan n’est pas une initiative abstraite. Il répond à une situation alarmante et objectivement mesurée. Le document officiel le dit noir sur blanc : le nombre d’infractions pour « atteintes à la probité » enregistrées par la police et la gendarmerie a augmenté de 50,9 % entre 2016 et 2024.

Cette catégorie regroupe des faits graves qui touchent au cœur de l’intégrité publique : la corruption, le trafic d’influence, la concussion, la prise illégale d’intérêts, le détournement de fonds publics et le favoritisme. Cette dégradation statistique n’est pas qu’un chiffre ; elle alimente la défiance citoyenne à l’heure même où l’administration nous demande, à nous agents, des efforts toujours plus importants avec des moyens toujours plus contraints. Comment demander aux citoyens de faire confiance à l’école, pilier de la République, quand l’image de l’intégrité du service public est à ce point écornée ?

■■ La Corse, territoire sous surveillance particulière

Corruption : répartition géographique condamnations pluriannuel 2014-2023
Répartition géographique des condamnations observées en rythme pluriannuel - Lecture : 107 condamnations par million d’habitants ont été prononcées au total en Île-de-France entre 2014 et 2023 pour atteintes à la probité.

Le rapport met en lumière des spécificités territoriales qui doivent nous alerter au plus haut point. Un constat général est d’abord posé :

La répartition géographique des condamnations observées en rythme pluriannuel, montre une concentration (rapportée à la population) des sanctions pénales prononcées dans les territoires insulaires ou ultramarins.

Cette formulation, loin d’être anodine, désigne sans ambiguïté la Corse comme un point de surveillance prioritaire. Cette mise en exergue n’est pas un hasard.

Une preuve encore plus concrète vient confirmer cette surveillance renforcée. La Mesure 19 du plan, visant à renforcer l’efficacité de la politique pénale, fait explicitement référence à des orientations déclinées localement dans des « circulaires de politique pénale territoriale (Corse, Guyane, Bouches-du-Rhône) ». La mention nominative de la Corse dans ce document stratégique confirme que notre territoire fait l’objet d’un suivi spécifique au plus haut niveau judiciaire pour les affaires d’atteinte à la probité.

Le classement ci-dessous met en évidence une forte concentration des sanctions pénales dans les territoires insulaires ou ultramarins.

Rang

Région/Territoire

Condamnations par million d’habitants (2014-2023)

1

Corse

424,4

2

Mayotte

250,5

3

Guadeloupe

217,3

4

Guyane

124,7

5

Réunion

118,6

6

Provence-Alpes-Côte d’Azur

115,2

7

Île-de-France

107,0

8

Martinique

87,8

9

Occitanie

50,9

10

Auvergne-Rhône-Alpes

48,0

11

Centre-Val de Loire

48,3

12

Grand-Est

44,9

13

Normandie

44,7

14

Hauts-de-France

45,2

15

Bourgogne-Franche-Comté

43,2

16

Nouvelle-Aquitaine

36,8

17

Pays de la Loire

24,3

18

Bretagne

15,8

(Source : AFA d’après des données du ministère de la Justice, entre 2014 et 2023)

Le chiffre de 424,4 pour la Corse est près de deux fois supérieur à celui de Mayotte (250,5) et quatre fois supérieur à celui de l’Île-de-France (107,0).

Cette concentration corrobore l’observation générale selon laquelle les sanctions pénales sont concentrées dans les territoires insulaires ou ultramarins

■■ Analyse des chiffres du point de vue de la Corse

Le chiffre de 424,4 condamnations par million d’habitants place la Corse très largement en tête du classement, soulignant une concentration exceptionnelle des sanctions pénales prononcées pour atteintes à la probité.

Plus de corruption ou plus de vigilance de l’État ?

Le taux élevé de condamnations pour atteintes à la probité (424,4 pour 1 million d’habitants) est le reflet d’une réalité criminelle marquée à laquelle l’État répond par une vigilance particulièrement accrue.

Ce chiffre est la conjonction de deux facteurs : une réalité de la criminalité et des « dérives mafieuses » qui « étouffent » l’économie locale, et une volonté politique et judiciaire forte, se traduisant par des moyens spécialisés (Praco, circulaires territoriales) dont le succès se mesure par l’augmentation du nombre d’affaires poursuivies et réprimées

■■ Le « Plan Probité » de l’Éducation Nationale

Le plan concerne « toutes les administrations », et notre ministère n’est pas épargné. Au contraire, il est même cité en exemple d’action à déployer. L’action n°3 de la Mesure 2 est sans équivoque :

Déploiement au sein du ministère de l’Éducation nationale du “plan probité”, animé par les correspondants probité de l’administration centrale et, au sein des académies, mobilisant les correspondants du Collège de déontologie.

Concrètement, cela signifie qu’une structure dédiée à la prévention et à la détection des atteintes à la probité sera déployé au sein même de notre ministère et de notre académie. Des mécanismes de contrôle et de sensibilisation seront activement mis en place dans notre environnement de travail direct. L’objectif affiché est clair : renforcer la culture de l’intégrité à tous les échelons.

La mesure 4 prévoit la désignation d’un coordinateur du dispositif de prévention et de détection des atteintes à la probité rattaché aux secrétaires généraux au sein de chacun de nos ministères de tutelles (MEN, MESR).

Cependant, il n’y a aucune mesure pour contrôler les doléances reçues quotidiennement par les Recteurs et plus spécialement celui de Paris. Selon le livre « L’oligarchie des incapables» (page 16), pour gérer les interventions, 17 fonctionnaires travaillent au bureau du cabinet du ministre de l’Éducation nationale. Ce livre date de 2012, est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

■■ La formation à la probité pour tous les agents

L’une des conséquences les plus tangibles de ce plan nous concernera tous, sans exception. La Mesure 5 est très claire : il s’agit de « Former et/ou sensibiliser tous les personnels travaillant pour l’État aux risques d’atteintes à la probité. »

Le document détaille même les « exemples de mise en œuvre opérationnelle » :

  • L’intégration d’un module sur la probité dans la formation initiale de tous les fonctionnaires.
  • Le renforcement de la formation des agents contractuels.
  • L’intégration de modules dédiés dans la formation continue.

Que vous soyez personnel administratif, enseignant, titulaire ou contractuel, vous serez prochainement formé à ces enjeux.

Il nous appartiendra de rester extrêmement vigilants sur le contenu et les modalités de ces formations. Elles devront être des outils concrets et non une simple formalité administrative destinée à dédouaner la hiérarchie de ses responsabilités.

■■ Plus qu’un plan, une nouvelle culture de la vigilance ?

Ce plan 2025-2029 n’est pas seulement un catalogue de mesures répressives. Il marque la volonté de renforcer la prévention, la formation et la sensibilisation à tous les niveaux de l’État, y compris au sein de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Des outils concrets sont mis en place pour faire de la probité non plus une simple valeur, mais une pratique quotidienne et contrôlée.

Face à ces nouvelles exigences et à cette transparence accrue, quel rôle chacun d’entre nous est-il prêt à jouer pour garantir l’intégrité de notre service public au quotidien ?

À lire également : Les intouchables d’État – L’oligarchie des incapables

Le bureau académique Action & Démocratie

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