Le plan MEDEF 2026 sur la dépense publique ou la grande mystification contre le Service public
Vous est-il déjà arrivé d’entendre un diagnostic financier tellement orienté qu’il en devient une caricature ? C’est exactement le sentiment qui prédomine à la lecture de la « Stratégie de redressement des finances publiques » présentée le 30 juin 2026 par le MEDEF (Mouvement des Entreprises de France). Sous couvert d’une « urgence budgétaire », le patronat prescrit la même purge : sabrer dans les dépenses de l’État, geler la rémunération des agents publics et supprimer massivement des postes de fonctionnaires. Mais à quel prix social et avec quelle logique économique ?
Action & Démocratie Corse décode ce plan austéritaire qui menace directement l’École publique, la santé et l’avenir de nos retraites.
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La saignée des effectifs avec plus de 200 000 postes publics sacrifiés
Pour réduire le déficit public de 30 milliards d’euros, la recette du MEDEF est d’une grande brutalité : réinstaurer le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Derrière ce slogan technocratique se cache un véritable séisme pour les trois versants de la Fonction publique : la FPE (Fonction Publique d’État), la FPT (Fonction Publique Territoriale) et la FPH (Fonction Publique Hospitalière).
Chaque année, la Fonction publique enregistre environ 130 000 à 150 000 départs en retraite. Appliquer la règle patronale du « un sur deux », c’est programmer la destruction nette de 65 000 à 75 000 emplois publics par an. À l’horizon 2029-2030, ce sont plus de 200 000 à 300 000 postes de professeurs, de soignants, de policiers et d’agents territoriaux qui disparaîtraient des territoires ! Dans les classes et dans les hôpitaux, la dégradation du service public deviendrait irréversible.
« Réduire le nombre de fonctionnaires sous prétexte de redressement budgétaire, c’est priver les citoyens du seul bien de ceux qui n’en ont pas : le Service public. »
L’effet boomerang sur les retraites : une dégradation mécanique de la répartition
Le plan du MEDEF comporte un point aveugle dramatique pour le financement des retraites. Notre système repose sur la répartition. Les cotisations des actifs d’aujourd’hui financent les pensions des retraités actuels.
En supprimant plus de 200 000 postes de fonctionnaires, l’État se prive immédiatement de 200 000 cotisants actifs. Le CAS (Compte d’Affectation Spéciale) Pensions et la CNRACL (Caisse Nationale de Retraite des Agents des Collectivités Locales) subiraient un manque à gagner colossal. Cette baisse des cotisations versées dégrade mécaniquement l’équilibre financier du régime de retraite de l’État. Résultat : pour combler le trou créé par sa propre politique, l’État devrait réinjecter des milliards d’euros de subventions d’équilibre, annulant une grande partie des économies espérées !
Le silence assourdissant du patronat sur les 211 milliards d’aides aux entreprises
Il semble que la charité bien ordonnée ne commence pas par soi-même. Alors que le MEDEF exige des efforts surhumains aux agents publics et aux usagers, que propose-t-il pour le monde économique ? Absolument aucun effort. Pire, il réclame de nouvelles baisses de prélèvements sur la production.
Pourtant, le rapport de la commission d’enquête du Sénat publié en juillet 2025 a révélé un chiffre étourdissant : les aides publiques versées aux entreprises s’élèvent désormais à 211 milliards d’euros par an. Exonérations de cotisations sociales, CIR (Crédit d’Impôt Recherche), subventions diverses…
Ces sommes ont explosé sans la moindre évaluation ni contrepartie sur l’emploi ou la relocalisation. Il est inacceptable de demander aux enseignants, aux soignants, aux pompiers et autres agents publics de payer la facture pendant que des milliards d’aides coulent sans contrôle vers de grands groupes distribuant des dividendes record.
La dette publique : un épouvantail instrumentaliser
Pour justifier son plan de rigueur, le patronat brandit l’argument de la dette publique. Regardons les chiffres avec rigueur. S’il est exact que le montant nominal de la dette atteint un sommet, exprimé en pourcentage du PIB (Produit Intérieur Brut), le niveau actuel (~113 % du PIB) demeure inférieur au pic historique atteint en 2020 au plus fort de la crise sanitaire du Covid-19 (115,6 % du PIB).
Instrumentaliser la dette pour imposer le dogme du « moins d’État » est un choix politique, non une fatalité économique.
La contre-proposition d’Action & Démocratie Corse : responsabilité et équité
Face à ce projet d’asphyxie du secteur public, Action & Démocratie Corse formule une proposition juste et chiffrée :
- Conditionner et rationaliser les aides aux entreprises : En instaurant un contrôle strict et un ciblage rigoureux des aides patronales non évaluées.
Le rapport sénatorial souligne que sur les 2 200 dispositifs d’aides recensés, la part bénéficiant d’une évaluation scientifique, régulière et indépendante de son impact économique réel est proche de zéro.
- Protéger l’École et les services essentiels : Sanctuariser les postes d’enseignants et d’agents publics, restaurer l’attractivité de nos métiers par une revalorisation indiciaire globale et préserver notre système de retraite par répartition.
Le bureau académique Action & Démocratie Corse
