Avez-vous remarqué à quel point nos gouvernants adorent votre dévouement ? Plus vous êtes fatigué, plus on vous explique qu’un petit effort supplémentaire serait « bon pour le service ». Mais au fond, est-ce pour le service ou pour vous enterrer sous les dossiers avant d’avoir touché votre premier chèque de pension de retraite ? Entrons dans le vif du sujet, sans langue de bois.
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L’espérance de vie et le grand malentendu des statistiques
C’est bien connu, les circulaires ministérielles ont le chic pour transformer les vessies en lanternes et les statistiques de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques) en promesses de l’aube. On vous serine qu’à 65 ans, vous avez encore vingt ans de cavale devant vous. C’est mathématique, c’est écrit sur le papier. Mais ce que le bureaucrate oublie de préciser, c’est que sur ces vingt piges, il n’y en a qu’une petite dizaine à vivre sans que les articulations jouent les castagnettes ou que la tête ne déraille.
À vouloir jouer les prolongations derrière un bureau ou devant une classe de trente-cinq fauves pour « sécuriser l’avenir », vous ne gagnez pas du galon. Vous donnez un tiers de vos années valides à une administration qui oubliera votre nom avant que votre successeur n’ait signé son procès-verbal d’installation. Les portefeuilles se reconstituent, les trimestres se comptent, mais le temps qui reste, lui, ne fait pas de crédit.
Pension de retraite : la surcote, ou l’art de troquer un cheval de course contre un canasson borgne
Parlons-en de la surcote, ce miroir aux alouettes réglementaire détaillé sur les sites officiels. Prenons un exemple concret, celui des simulations de la Direction générale des finances publiques via le site Retraites de l’État.
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Considérons le cas de « Brigitte S., fonctionnaire de la catégorie sédentaire nés le 2 mars 1962 bénéficie d’un âge légal de départ à la retraite à 62 ans et 6 mois. Sa durée d’assurance requise pour une pension à taux plein est de 169 trimestres, durée validée à ses 62 ans et 6 mois. Elle poursuit son activité jusqu’à ses 64 ans, soit le 20 mars 2026. Elle totalise à cette date 175 trimestres en durée d’assurance. Le montant de sa pension avant surcote est de 1750 €.
Elle bénéficie d’une surcote de :
175 trimestres – 169 trimestres = 6 trimestres de surcote
Le taux de surcote dans le cas de Brigitte est de 1,25 %, le coefficient appliqué au montant de sa pension sera donc de : 6 x 1,25 soit 0,075.
Le montant de la surcote sera de : 1 750 € x 0,075 soit 131,25 € »
Courageuse (ou mal conseillée), elle pousse le zèle jusqu’à ses 64 ans, totalisant 175 trimestres pour un bonus de 131,25 € par mois. Magnifique sur la feuille de paie, non ?
Sortons la calculette syndicale d’Action & Démocratie Corse. Pour empocher ces 131,25 € supplémentaires, Brigitte s’est assise joyeusement sur 18 mois de pension complète à 1 750 €. Elle a donc laissé sur la table de l’État la bagatelle de 31 500 € qu’elle aurait pu toucher en restant chez elle, les pieds dans le sable de Santa Giulia (classée en 35e position sur les cinquante plus belles plages du monde).
Pour que cette prolongation devienne rentable, il faudra que Brigitte vive et touche sa pension majorée pendant exactement 20 ans (240 mois) !
Elle n’atteindra le point d’équilibre financier qu’à l’âge de 84 ans. Bref, elle a financé son propre épuisement au bénéfice des économies de l’État.
À ce niveau de rentabilité, ce n’est plus un plan de retraite, c’est un pari sur la cryogénisation. Travailler 18 mois de plus pour courir après son propre argent jusqu’à 84 ans, c’est l’assurance d’arriver devant le créateur avec des trimestres en rab, mais les genoux en miettes. Bercy adore ce genre de profil : des agents tellement dévoués qu’ils préfèrent faire don de leur capital santé à l’administration plutôt que de risquer de s’ennuyer à la retraite. Un conseil : si vous tenez absolument à faire un legs de 30 000 € à quelqu’un, choisissez plutôt Action & Démocratie Corse. L’État, lui, a déjà de quoi s’acheter des calculettes neuves pour continuer à vous plumer, comme avec les primes qui ne sont pas prises en compte pour le calcul de la retraite.
Quand la famille s’invite dans l’équation
Chez nous, la solidarité familiale n’est pas un vain mot, c’est une institution. Mais quand le travail vous essore d’un côté et qu’un parent âgé perd son autonomie de l’autre, la situation devient vite intenable. Les maisons de retraite médicalisées affichent des tarifs qui feraient blêmir un ministre des Finances.
Choisir de partir plus tôt pour permettre à un parent de rester chez lui, ce n’est pas seulement un geste de cœur. C’est parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros que la famille ne dépense pas.
Anticiper son départ en retraite, c’est aussi pouvoir activer les dispositifs légaux, comme l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) ou le congé de proche aidant pour un parent sans attendre le burn-out généralisé.
L’usure du terrain : la santé n’est pas une variable d’ajustement financier
Entre les réformes menées à la hussarde, le « pas de vague » institutionnel et le management de supérette qui a envahi les établissements, nos métiers détruisent la santé nerveuse et physique. Prolonger sa carrière quand les finances permettent de plier bagage, ce n’est plus de la gestion de patrimoine, c’est du masochisme déguisé en rigueur budgétaire.
La loi prévoit des portes de sortie : carrières longues, retraite pour inaptitude ou compte professionnel de prévention (secteur privé). Ne partez pas du principe que cela ne vous concerne pas. Si le métier vous abîme, chaque année supplémentaire passée dans l’arène est un chèque en blanc signé à la maladie.
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Recommandations d’Action & Démocratie Corse
Pour ne plus naviguer à l’aveugle et éviter de laisser votre santé au Rectorat, notre syndicat vous conseille d’activer immédiatement votre stratégie de sortie :
- Exigez vos chiffres : contactez le Service des Retraites de l’État (Contact – Actif – 02 40 08 87 65) et demandez une simulation comparative écrite : un départ au taux plein exact vs un départ un an plus tard.
- Carrière privé / public : contactez aussi le site INFO RETRAITE – Mes droits.
- Refusez le sacrifice gratuit : si votre taux plein est atteint, que vous n’avez pas d’enfant en poursuite d’étude, de crédit important et que votre situation financière le permet, la question n’est plus comptable, elle est humaine et médicale.
« Le jour où on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner. » (« Le Pacha » – Michel Audiard)
Ne faites pas comme la pauvre Brigitte S., qui, a déjà enfilé sa combinaison de spationaute. Elle tourne en orbite géostationnaire au-dessus de son enveloppe de 31 500 € perdus, en espérant que la gravité la ramène sur terre avant ses 84 ans.
Le bureau académique Action & Démocratie Corse
En attendant, rejoignez Action & Démocratie Corse !
(Et après la retraite aussi, il n’y a d’âge pour le syndicalisme.)
Pour défendre vos droits, votre santé et votre liberté,
adhérez au syndicat du bon sens et du terrain.
